Le premier quinquennat (2002 - 2007)
vu par la LPP
La dernière présidence à l’ancienne ? Que restera-t-il des deux mandats de Jacques Chirac ? Pour répondre à ces questions, notre éditorialiste, Guy Rossi-Landi, a recueilli les chroniques publiées dans cette revue tout au long du Premier quinquennat, comme il l’avait fait d’ailleurs pour Le dernier septennat.
Trois moments forts se dégagent de ces cinq dernières années, au cours desquelles le Président de la République s’est montré pour le moins inégal. On peut porter à son bilan international un succès et un échec.
Le succès, c’est le refus de lancer la France dans la désastreuse guerre d’Irak au printemps 2003. Notre éditorialiste soutient à fond le Président de la République et il écrit, dans un éditorial intitulé Une sale guerre (24 mars 2003) : « Jacques Chirac, qui a été exemplaire, a enfin acquis la stature d’un véritable chef d’État ». Malheureusement, il ne l’a pas conservée très longtemps, la France étant responsable du naufrage de la Constitution européenne.
Certes, le journaliste reconnaît, dès le 17 mai 2004, qu’on ne voit pas comment le Président de la République pourrait se soustraire à un référendum presque unanimement réclamé ; il s’y rallia le 14 juillet suivant. C’est désormais la chronique d’un échec annoncé.
Le chroniqueur écrit le 10 janvier 2005, plus de quatre mois avant la consultation : « Est-on vraiment certain que tous ceux qui n’aiment ni l’Europe, ni Chirac, ni la politique ne fassent pas une majorité dans ce pays ? » Le 28 mars, dans une chronique intitulée Cherche argument désespérément, il est encore plus pessimiste : « On ne voit pas ce qui pourrait provoquer un retournement favorable au oui ». On sait que, malheureusement, rien ne l’a provoqué…
En politique intérieure, rien à porter au crédit du chef de l’État. L’échec cinglant des élections régionales de 2004 conduit l’éditorialiste à souhaiter – en vain, bien sûr – que le Président convoque tous les leaders de l’opposition (y compris celui du Front national) et leur propose de rechercher en commun la solution des grands problèmes économiques et sociaux sur lesquels tous les gouvernements ont achoppé. C’est un peu ce que chercheront à faire ultérieurement Nicolas Sarkozy et François Fillon.
La crise des banlieues en novembre 2005 suscite la sévérité du chroniqueur. Dans Fin de règne, il évoque « le cruel échec » de Président « hors jeu ». C’est pire encore lors de l’épisode du Contrat nouvelle embauche, dont Jacques Chirac promulgue la loi en demandant de ne pas l’appliquer ! Tout faux ! écrit Guy Rossi-Landi, en soulignant que cette réponse improvisée au chômage des jeunes ne méritait « ni cet excès d’honneur ni cette indignité ».
Lucide dans ses commentaires, l’éditorialiste l’a-t-il été dans ses prévisions ? Dans une large mesure, oui. Dès le 25 octobre 2002, il écrit dans Super-Sarko que « l’opinion publique le plébiscitera quand il s’agira, en 2007, de désigner l’homme politique le plus capable de devenir Président. » La montée en puissance de François Bayrou ne lui échappe pas ; il commente son pari (20 janvier 2003), son courage (27 octobre).
Mieux encore, il cite dès le 26 avril 2004 Ségolène Royal parmi les candidats socialistes à la présidence de la République (il la range dans la catégorie des « discrets »). Mais cet éditorial est – logiquement – intitulé Vers un duel Hollande-Sarkozy… Il faut attendre le 20 février 2006 pour que le journaliste, sans encore trop y croire, évoque la possibilité d’une alternative : Nicolas ou Pimprenelle…
C’est que, bien évidemment, il appartient, comme ses collègues, à un microcosme un peu déformant. C’est ainsi qu’il se laisse un peu bluffer par les premières semaines de Dominique de Villepin (Comme un frémissement, 27 juin 2005). De même, surestime-t-il quelque peu, à l’approche du scrutin, les chances du candidat Udf. Parfois, il témoigne d’une étonnante prémonition : Un premier ministre, pour quoi faire ? demande-t-il le 13 décembre 2004.
Il n’en reste pas moins que, avec le recul du temps, ces chroniques, y compris dans leurs erreurs ou approximations, méritent d’être relues. Guy Rossi-Landi a quelques obsessions : la crainte du populisme, la nécessité d’une réforme de l’État, le courage politique d’aborder avec une autre approche les vrais problèmes (immigration, déficits sociaux, etc.).
Sur tous ces points, le nouveau Président le comblera-t-il ?
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Avec Alexandra Rossi-Landi,
journaliste et rédactrice en chef,
et l'éditorial de Guy Rossi-Landi,
ancien maître de conférence à Sciences-Po,
journaliste réputé
pour sa grande connaissance
du monde politique.
Sommaire de La Lettre politique et parlementaire du 21 avril 2008 (n°1243)
•Comme Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy a voulu moderniser la fonction présidentielle, mais il en a surtout pulvérisé les codes, selon Brice Teinturier, de la Sofres.
(page 2)
•Accusant l’Élysée de tenter de le déstabiliser, François Bayrou se pose en champion du pluralisme.
(page 3)
•Les sénateurs socialistes conditionnent le vote de la révision constitutionnelle à l’évolution du collège électoral de la Haute assemblée…
(page 4)
•L’ambassadeur de France à Kaboul insiste sur les risques du terrorisme et rappelle l’ancienneté des liens entre l’Afghanistan et nous.
(page 5)
•Trois Français sur quatre jugent que mai 1968 a eu un impact positif sur la société française.
(page 6)
•En France, un enfant sur deux naît désormais hors mariage et on compte désormais un Pacs pour deux mariages.
(page 7)
•L’Élysée emploie 866 fonctionnaires, mais s’engage à rembourser les administrations qui les paient.
(page 8)
Les flashs du numéro 1243
(21 avril 2008)
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