Le journaliste et le militant
Tonneau des Danaïdes, rocher de Sisyphe, toile de Pénélope ?
Pour évoquer la rédaction hebdomadaire de cette lettre, bouclée le lundi matin
et aussitôt remise sur le chantier, véritable travail d’Hercule, c’est bien une
métaphore de cet ordre qui s’impose. Nous sommes fiers d’être parvenus à ce
numéro 1000, sans prendre pour autant l’engagement formel de doubler la mise et
de nous retrouver (sous quelle présidence ?) en 2023…
À la lumière de cette
expérience et à l’occasion de cet événement, nous voudrions – une fois n’est pas
coutume – théoriser et proposer à nos lecteurs quelques remarques sur le
journalisme.
La plus évidente, pourtant rarement formulée, c’est que
l’information est d’une intensité très variable. Ce Tonneau des Danaïdes, il
faut le remplir avec un robinet dont on ne peut régler le débit ! Parfois, il
coule à flots (en période électorale, par exemple) et il faut l’endiguer ;
parfois, une certaine sécheresse se fait sentir et on est bien heureux de
trouver quelque improbable proposition de loi pour remplir ces colonnes… Nos
lecteurs n’en sont certainement pas dupes.
La deuxième remarque est que le
délai de latence qu’impose la distribution du courrier met chaque semaine
l’éditorialiste dans les affres. Tout ce qui se produit après le bouclage vient
trop tard et risque de rendre caduques ses analyses les plus fines.
Personnellement, j’en voudrai toujours à Dominique Strauss-Kahn d’avoir
démissionné un lundi après-midi. Quelle idée saugrenue !
Dernière
constatation : le militant et le journaliste n’appartiennent pas au même
univers, même s’ils se nourrissent de la même matière première, la politique.
L’un doit s’enthousiasmer aveuglément, l’autre, au contraire, toujours faire
preuve d’esprit critique. Après avoir vécu sept alternances en vingt ans, le
journaliste ne peut guère se permettre d’être dupe des promesses électorales.
Personnellement, comme Aragon, « je remets l’évidence elle-même en chantier »
ou, si l’on préfère une autre référence littéraire, comme Montaigne, je me sens
guelfe pour les gibelins et gibelin pour les guelfes. D’ailleurs, les uns et les
autres ont parfois tendance à me le reprocher…
Merci en tout cas de leur
confiance à nos lecteurs, qui a permis cette belle aventure. Elle continue, avec
vous, grâce à vous.