LA 1000e LETTRE POLITIQUE ET PARLEMENTAIRE

30 septembre 2002

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Un peu d'histoire

C’est le 14 octobre 1981 qu’est paru le premier numéro de la Lettre politique et parlementaire : avec mon ami Guy Sorman, nous avions estimé alors qu’il serait intéressant de suivre et de commenter le changement promis par le nouveau président de la République.
On trouve dans ce premier numéro (sur papier jaune) les mêmes rubriques qu’aujourd’hui : partis, Assemblée, Sénat, C.e.s. En rendant compte des travaux du Conseil des ministres, nous demandions – avec scepticisme – si on pouvait vraiment attendre la création de 300 000 emplois de la croissance « ambitieuse » de 3 % fixée par Michel Rocard… « Comment s’en débarrasser ? » demandait notre éditorial, où nous soulignions qu’il représentait – avec Jacques Delors – l’alternative au sein du P.-S.
Nous avons trouvé amusant de réunir ici quelques articles un peu originaux ou prémonitoires. Nous les avons fait suivre de quelques témoignages de nos lecteurs, qui sont aussi très souvent nos informateurs.

Le journaliste et le militant

Tonneau des Danaïdes, rocher de Sisyphe, toile de Pénélope ? Pour évoquer la rédaction hebdomadaire de cette lettre, bouclée le lundi matin et aussitôt remise sur le chantier, véritable travail d’Hercule, c’est bien une métaphore de cet ordre qui s’impose. Nous sommes fiers d’être parvenus à ce numéro 1000, sans prendre pour autant l’engagement formel de doubler la mise et de nous retrouver (sous quelle présidence ?) en 2023…
À la lumière de cette expérience et à l’occasion de cet événement, nous voudrions – une fois n’est pas coutume – théoriser et proposer à nos lecteurs quelques remarques sur le journalisme.
La plus évidente, pourtant rarement formulée, c’est que l’information est d’une intensité très variable. Ce Tonneau des Danaïdes, il faut le remplir avec un robinet dont on ne peut régler le débit ! Parfois, il coule à flots (en période électorale, par exemple) et il faut l’endiguer ; parfois, une certaine sécheresse se fait sentir et on est bien heureux de trouver quelque improbable proposition de loi pour remplir ces colonnes… Nos lecteurs n’en sont certainement pas dupes.
La deuxième remarque est que le délai de latence qu’impose la distribution du courrier met chaque semaine l’éditorialiste dans les affres. Tout ce qui se produit après le bouclage vient trop tard et risque de rendre caduques ses analyses les plus fines. Personnellement, j’en voudrai toujours à Dominique Strauss-Kahn d’avoir démissionné un lundi après-midi. Quelle idée saugrenue !
Dernière constatation : le militant et le journaliste n’appartiennent pas au même univers, même s’ils se nourrissent de la même matière première, la politique. L’un doit s’enthousiasmer aveuglément, l’autre, au contraire, toujours faire preuve d’esprit critique. Après avoir vécu sept alternances en vingt ans, le journaliste ne peut guère se permettre d’être dupe des promesses électorales. Personnellement, comme Aragon, « je remets l’évidence elle-même en chantier » ou, si l’on préfère une autre référence littéraire, comme Montaigne, je me sens guelfe pour les gibelins et gibelin pour les guelfes. D’ailleurs, les uns et les autres ont parfois tendance à me le reprocher…
Merci en tout cas de leur confiance à nos lecteurs, qui a permis cette belle aventure. Elle continue, avec vous, grâce à vous.